Chronologie du monde des morts à Sion (Valay)

Tombe d'un jeune guerrier de l'âge du Bronze avec une hache placée sous la tête, deux poignards sous le corps et plusiseurs colliers autour du coup

Un article (cliquer sur Book Chaptor en bas de la page) de Marie Besse et Manuel Mottet extrait du livre, Le site du Petit-Chasseur : une exceptionnelle histoire de plusieurs millénaires et qui nous donne la chronologie de l’occupation du site ainsi que de magnifiques photos du site, du mobilier et des images de reconstitution de cabane. Si vous êtes un peu perdu dans les différentes phases d’occupation de ce site, en ce qui concerne la partie funéraire, voici de quoi vous restituer et par là même d’avoir une idée des trois grands modes d’inhumation qui se sont succédé au Petit-Chasseur (dolmen de type alpin, Campaniforme et stèles à arc, inhumations individuelles à l’Âge du Bronze puis du Fer)

L’intérêt non négligeable de cet article est de replacer le site de Sion dans son contexte géographique, un peu comme le fait cet article (n’oubliez pas : Book Chaptor en bas de page!) de manière moins détaillée, et de nous parler des échanges qu’ont pu entretenir les Néolithique avec d’autres sociétés comme le Cortaillod du plateau Suisse, la culture Lagozza d’Italie, le Chasséen du Sud de la France ou, plus tard, le site du Grand-Pressigny en Touraine (mobilier du dolmen M. VI). Ces échangent se retrouvent dans les matériaux de l’industrie lithique (à ce propos cet article-ci, cliquez sur Book Chaptor en bas de la page, vous commencez à avoir l’habitude.)

On constate alors que le site du Petit-Chasseur, bien que remarquable, surtout pour ce qui est de l’occupation à partir de 4 000 av. J.-C., n’était pas isolé et que les modes d’inhumation développés vers 3 000 av. J.-C., bien qu’original, s’inscrivait dans la « tradition » des allées sépulcrales (on a déjà évoqué ce parallèle dans ce post), tout comme les motifs pré-campaniforme sur les stèles (poignards, spirales) s’inscrivent dans une tradition qui est présente dans toutes les Alpes (sur ce sujet ce post là).

Un second article tiré de ce livre aurait du compléter ce post, malheureusement il est en accès restreint sur les archives ouvertes de l’UNIGE (ce qui du coup amène à revoir la notion « d’ouverte ») et aucun de nous ne fait ses études dans une université suisse. Cependant si c’est votre cas n’hésitez pas à consulter cet article, daté de 2009 et rédigé par Pierre-Olivier Corboud, qui peut s’avérer intéressant quand à l’interprétation des décors des stèles anthropomorphes de Sion (Valay).

S.

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L’habitat au Néolithique Moyen II au Petit-Chasseur : quelles relations avec la nécropole à dolmen ?

Parlons d’habitat et de réoccupation de l’espace.

Les fouilles de Marie Besse au Petit-Chasseur IV en 1992 ont mis en évidence deux phases d’occupations (cliquez sur Editor Postprint en bas, il s’agit d’un extrait du Bulletin du Centre Genevois d’anthropologie).

La première, qui est la plus récente, date du Second Âge du Fer, période La Tène. C’est-à-dire, pour simplifier, de la seconde moitié du Ve siècle avant J.-C. à 58 avant J.-C. Sur ce niveau d’occupation on a retrouvé trois tombes de La Tène et du mobilier archéologique preuve que le lieu était utilisé comme lieu d’inhumation.

La seconde phase d’occupation, qui est en fait la première dans le temps (vous me suivez ?), a pu être daté par radiocarbone comme correspondant au Néolithique Moyen II. Il s’agit d’un niveau d’occupation présentant des structures d’habitat que l’on peut recouper avec d’autres structures mis au jour au Petit-Chasseur I et II durant les fouilles de 1962 ; 1967 ; 1968 ; 1969 ; 1971 et 1972. Ces structures sont antérieures à l’érection des dolmens sur les sites du Petit-Chasseur I et III.

De plus un autre article, rédigé par Marie Besse et Manuel Mottet, (cliquez sur Book Chaptor en bas de la page), nous apprend que des fouilles récentes (2002-2003) dans un nouveau secteur baptisé Petit-Chasseur V (ou Saint Guérin 02-03) ont permis la mise en évidence de ce qui pourrait bien être un village datant du Néolithique Moyen. Pour une étude détaillée de ces structures je recommande cet article (comme d’habitude Book Chaptor), rédigé  par Martine Piguet

Quel rapport entre l’habitat et la nécropole me direz-vous. Et bien c’est à la lecture de ces différents articles et aussi avec la comparaison des différents niveaux d’occupation, qu’une réflexion commence à prendre forme. On constate, en particulier sur ce tableau-ci, que la nécropole à dolmen et stèle anthropomorphe du Néolithique Final a été construite sur les lieux d’habitation du Néolithique Moyen. Même si des centaines d’années séparent ces deux niveaux on peut penser que cet endroit était connu notamment à la lumière de certains éléments comme la taille supposée du village Néolithique Moyen (4000 m²). Des questions viennent alors à l’esprit. Pourquoi les occupants de la culture Campaniforme ont-ils choisi d’installer leur nécropole là et d’éloigner leur village au lieu de réutiliser l’espace déjà occupé ? Cela a-t-il une valeur symbolique ? Est-ce parce qu’ils n’exploitaient pas les mêmes ressources que les Néolithiques Moyens ?

Autant de questions auxquelles les chercheurs n’ont pas encore répondu de manière claire et définitive, les liens entre les différentes unités stratigraphies étant complexes et les modes de pensée et de fonctionnement de ces Néolithiques étant assez difficilement abordable même au travers de paléoanthropologie et encore plus avec l’étude des vestiges.

S.

Tout ces articles sont extraits des monographies réalisées sur le site du Petit-Chasseur à Sion (Valay)

Relation entre la vie et la mort : interprétations sociales et rituels sur le site de Sion

 

Les archives ouvertes de l’Université de Genève sont particulièrement bien fournit en ce qui concerne les publications archéologiques sur les fouilles du site de Sion. Ce qui parait logique quand on sait que celles-ci ont été organisées en parti par des chercheurs de cette université.

Fondé par l’Université de Genève (UNIGE) pour répondre à une directive du Fond national suisse pour la recherche scientifique (dont vous pouvez télécharger le PDF ici), ce site a pour but, je cite, « de récolter, conserver et rendre accessibles le plus largement possible les publications des enseignants et des chercheurs de l’institution, en suivant les principes de l’Open Access». Il s’inscrit donc dans le projet des Digital humanities, en tout cas en ce qui concerne les points définis par les articles 6, 7 et 10 du Manifeste des Digital humanities. Les archives ouvertes de l’UNIGE permettent, en effet, la diffusion, l’échange, le partage des données l’enrichissement du savoir et cela au-delà des frontières même de la Suisse ou de la langue. Le post que vous lisez en ce moment en est la preuve.

Revenons à l’article qui nous intéresse. Tiré d’Ancient Europe 8000 B.C.- A.D. 1000. Encyclopédia of the barbarian world il a été rédigé par Marie Besse, archéologue, professeure et responsable du Laboratoire d’archéologie préhistorique et anthropologie à l’Université de Genève.

Rappelant la chronologie du site funéraire l’article nous parle des condamnations violentes de ce site par le feu lors du tout début de l’âge du Bronze (Bronze Ancien). Cette pratique n’est pas sans rappeler celle observée sur l’allée sépulcrale, ou allée couverte, de Saint-Claude à Bury (Oise) datant du Néolithique Récent-Final (fouilles de Laure Salanova, pour le SDAVO).

Est aussi abordée la symbolique des représentations présentent sur les stèles à Sion et érigées à la fin du Néolithique, entre 2 450 (voire 2 700) et 2 150 av. J.-C. Cette symbolique concerne tout autant les rites funéraires à proprement parler que les relations qui apparaissent à cette époque dans les sociétés qui passent d’un système égalitaire (type chasseur-cueilleur nomade à pied) à hiérarchisé. On commence à comprendre avec cet article quelles auraient pu être les articulations entre vivants et morts au sein du site de Sion lors du Néolithique Final. Et ce, que ce soit au niveau individuel (rites pour une inhumation particulière) ou collectif (relation/interactions qui ont existé entre le ou les morts et les autres membres de la société)

Vous trouverez ce PDF en lecture libre en cliquant sur « Book Chapter ».

ATTENTION : cet article est en ANGLAIS. Si vous ne maîtrisez pas bien la langue de Shakespeare  mieux vaux vous munir d’un dictionnaire.

S.

Reconstituer la vie… et la mort ; des méthodes particulières.

Image

Photographies de la nécropole du Petit-Chasseur à Sion dans le Valais et ses fouilleurs en action, 1972, disponible sur : http://www.archeo-gallay.ch/5_03Sion.html (consulté le 18/03/2013)

De cette photographie, nous pouvons tirer certaines informations. Outre le style rétro de l’équipe et l’ambiance apparemment très austère qui règne, les méthodes nous sont perceptibles.

Il faut noter la présence de ce pont suspendu, qui ne serait sûrement plus conforme aux normes actuelles de sécurité, disposé sur des rails qui lui permettent de se déplacer au dessus du chantier. Ce dispositif permet d’avoir une vision aérienne du chantier et donc de faciliter les relevés.

Nous devons également constater un élément essentiel. Sur le sol des bernes sont visibles. Cette observation paraît étrange lorsque l’on connaît les orientations méthodologiques d’Alain Gallay qui dirigeait la campagne de fouilles de 1972.

Il faut faire un petit bond en arrière. Alain Gallay dirigea les fouilles archéologiques de Sion entre 1961 et 1984 (voir à ce propos les liens ici et  ; il faut cliquer sur book chapter en bas de la page du second lien pour avoir accès à l’article) de façon non régulière et parfois associé à un de ses collègues. Au fur et à mesure des années, au fur et à mesure des campagnes de fouilles et des collaborations, il a été amené à considérer différemment les perspectives de la fouille archéologique de Sion.

Alain Gallay est un élève d’André Leroi-Gourhan. Ce dernier a un impact énorme sur Les travaux d’Alain Gallay. Je renvoie particulièrement à cet intéressant article traitant des apports de Leroi-Gourhan dans la conception d’Alain Gallay et des limites de ces apports.

Si dans un premier temps, Alain Gallay a été amené à appliquer à la lettre la méthode palethnologique de Leroi-Gourhan (ethnologie des temps passés à partir de la répartition au sol des vestiges archéologiques), à partir de cette année clef de 1972 (voir photographie ci-dessus), il va la remettre en cause.

La fouille à plat ou fouille ethnographique mise en place par Leroi Gourhan consiste à retrouver le sol d’origine dans sa globalité et de laisser les vestiges in situ dans le but d’analyser l’organisation spatiale. Sur le site de Sion, Alain Gallay se rend compte que cette méthode n’est pas adaptée. Il insistera beaucoup plus sur l’aspect stratigraphique, aspect qui est délaissé avec la méthode de Leroi-Gourhan appliqué à des structures de type nécropoles.

Ces bernes sur la photographie relèvent de cet intérêt croissant pour la stratigraphie. Cet intérêt ne se démentira pas et constituera un des aspects majeurs de la fouille archéologique à Sion jusqu’aujourd’hui (voir cet article) sans pour autant délaisser les analyses spatiales (voir celui-là). Les bernes sont un emprunt à une méthode mise en place par Lewis Bindford et son Ecole : la New Archeology.

Pour résumer la méthode mise en place à partir de 1972 par Alain Gallay est un mélange entre les méthodes mises en place par Lewis Bindford et celles mises en place par André Leroi-Gourhan. Elle tient compte à la fois de la disposition spatiale des vestiges et structures et de la stratigraphie du site. Tout ça dans la perspective de rendre compte au mieux des problèmes propres à l’analyse d’une nécropole. Notamment de cerner le lien qui unissaient autrefois les vivants et les morts. Ces aspects sont donc essentiels pour la compréhension de notre sujet.