Les dolmens M VI et M XII

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Photographie du dolmen M VI de la nécropole néolithique du Petit-Chasseur à Sion. Le dolmen est exposé dans une partie couverte dans la ville de Sion.
Disponible sur : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sion,_la_ville_la_n%C3%A9cropole_du_Petit-Chasseur_3.jpg » rel= »nofollow »>commons.wikimedia.org/wiki/File:Sion,_la_ville_la_n%C3%A9… (consulté le 17/04/2013).

Le dolmen M VI est sûrement le dolmen le plus célèbre du site du Petit-Chasseur, c’est celui que l’on retrouve le plus souvent dans les articles de blogs et les sites touristiques. C’est également de lui qu’on trouve le plus de photographies. Il est reconstitué dans un espace public de la ville de Sion et montré lors de nombreuses expositions. Le dolmen M XII est le plus ancien du site. Certaines stèles de ce dolmen sont aussi présentes dans la ville de Sion.

Les dolmens de Sion sont remarquables et très nombreux. Ils sont représentatifs de l’importance que les vivants accordaient à la mort et à la question du corps (pourquoi pas même de l’âme).

Les dolmens M VI et M XII sont contemporains, on peut s’en rendre compte sur la troisième diapositive (en comptant la page de titre) de cette présentation powerpoint d’Alain Gallay, intitulée : NECROPOLE DU PETIT-CHASSEUR, SION (VALAIS), Réponse à Richard Harrison et Volker Heyd. On se rend bien compte que les dolmens sont présents du Néolithique final au Bronze Ancien.

Ils sont également construits sur le même plan architectural. Il y a une ciste construite avec des dalles en pierres. Et il y a une plateforme de pierre en forme de triangle. De nombreuses stèles accompagnent ces monuments.

Comme on le voit sur la présentation powerpoint, différentes phases d’utilisation des dolmens peuvent être distinguées. Ces aspects nous sont le mieux connus pour le dolmen M XII. L’article La gestion de l’espace funéraire du dolmen M XII du Petit-Chasseur (Sion, Valais), écrit par François Mariéthoz est particulièrement intéressant à ce sujet. Il présente d’une part les différentes façon dont ce dolmen a été utilisé et d’autre part, il s’intéresse à la répartition des ossements dans le dolmen.

Sur le site erratiker.ch, nous pouvons nous rendre compte visuellement des différentes phases d’utilisation de ce dolmen. Des dessins reconstituent les étapes importantes qui marquent l’histoire de ce dolmen.

  • Première phase : aménagement du dolmen avec le soubassement de pierre en forme de triangle et la ciste.
  • Deuxième phase : réouverture du dolmen et la plateforme de pierre se divise.
  • Troisième phase : la plateforme de pierre est totalement détruite et une dalle a été enlevée pour servir à la construction d’un autre monument.
  • Quatrième phase : utilisation de nouvelles stèles devant le dolmen.
  • Cinquième phase : une tombe d’enfant est construite à l’avant du dolmen.
  • Sixième phase : la tombe de l’enfant est recouverte et deux nouvelles stèles sont installées.
  • Septième phase : trois nouvelles stèles sont ajoutées au dolmen.

Une perspective ethnoarchéologique est souvent adoptée pour reconstituer les coutumes et la morphologie sociale des populations qui ont utilisé ces dolmens. On peut pour cela se référer à une présentation powerpoint mise en ligne par Alain Gallay qu’il a créé pour une conférence qu’il a tenue à l’Université de Genève le 12 Novembre 2009  :  ANALYSE DE LA NECROPOLE DU PETIT-CHASSEUR, 1961-2009 : un demi siècle de réflexions.

Une vidéo, réalisée à l’occasion de l’exposition : Des Alpes au Léman, « Images de la préhistoire », résume rapidement les conclusion auxquelles arrive Alain Gallay. Elle insiste sur l’importance que jouaient les stèles dans la construction des dolmens, émettant l’hypothèse que ce serait là la représentation de personnalités importantes. La destruction d’une stèle corresponderait alors à la mort de la personnalité ou bien au déclin de son pouvoir.

Les dolmens sont donc représentatifs de la relation que pouvaient entretenir les morts et les vivants. Les dolmens M VI et M XII illustrent bien cette problématique

Sépultures et rites funéraires néolithiques II

Cette seconde partie du cours d’Olivier Lemercier traite plus particulièrement des rites funéraires au Néolithique. M. Lemercier nous expose clairement sa problématique qui est de « comprendre quels sont les gestes qui accompagnent le dépôt des morts dans leurs tombes ; s’il existe des cérémonies liées aux funérailles ; ou parfois postérieures aux funérailles… » Il nous explique que c’est une base pour l’étude des sociétés disparues (l’anthropologie sociale ou ethnoarchéologie). En effet, l’étude et l’interprétation de tout ce que l’on peut retrouver au sein d’une sépulture reste très vaste ; par exemple, si l’on retrouve de la céramique, on peut en déduire qu’elle a été placée là volontairement et qu’il y avait peut-être quelque chose dedans, de la nourriture sans doute. De là, on peut se demander pourquoi donc mettre de la nourriture aux côtés d’un cadavre, cela lui servira-t-il ? Oui ! la preuve, la nourriture a disparu (blague !) c’est pour ce genre de dires qu’une phase célèbre des archéologues dit : « L’absence de preuves ne vaut pas preuve de l’absence ». Bref les gens qui ont placé cette nourriture ne l’ont pas fait pour rien (sinon, ils ne l’auraient pas fait) cela implique donc qu’ils croyaient éventuellement à une forme de vie après la mort.

http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-364/Patrimoine_arch%C3%A9ologique_des_cimeti%C3%A8res_anciens_du_Qu%C3%A9bec.html#.UVt4Llf_rnM

Une sépulture du cimetière de Rimouski. Cliché de Vanessa Oliver-Lloyd

Vous voyez ci-dessus que l’on peut aller très loin dans l’interprétation de ce que l’on peut trouver dans une sépulture (position du défunt, mobilier, vide, architecture de la tombe, disposition des tombes entre-elles, sépulture multiple ou collective…). Mais l’interprétation que l’on va retenir pour les publications, est celle qui va s’appuyer sur un maximum d’éléments physiques du contexte funéraire.

En ce qui concerne notre site, O. Lemercier en parle sans s’aventurer dans une quelconque interprétation… « A Sion en Suisse, comme à Aoste en Italie, juste de l’autre côté de la montagne, deux nécropoles très similaires qui associent sépultures mégalithiques et alignements de stèles décorées dans un vaste espace sans doute lié à certaines cérémonies. » C’est que pour interpréter un fait comme celui-ci, il faut avoir beaucoup d’imagination…

O. Lemercier a un concept intéressant quant à l’interprétation des sépultures collectives, il dit que « Chaque mort de la communauté étant intégré à la communauté des morts du groupe. » J’aime ce concept.

A. RdB

L’habitat au Néolithique Moyen II au Petit-Chasseur : quelles relations avec la nécropole à dolmen ?

Parlons d’habitat et de réoccupation de l’espace.

Les fouilles de Marie Besse au Petit-Chasseur IV en 1992 ont mis en évidence deux phases d’occupations (cliquez sur Editor Postprint en bas, il s’agit d’un extrait du Bulletin du Centre Genevois d’anthropologie).

La première, qui est la plus récente, date du Second Âge du Fer, période La Tène. C’est-à-dire, pour simplifier, de la seconde moitié du Ve siècle avant J.-C. à 58 avant J.-C. Sur ce niveau d’occupation on a retrouvé trois tombes de La Tène et du mobilier archéologique preuve que le lieu était utilisé comme lieu d’inhumation.

La seconde phase d’occupation, qui est en fait la première dans le temps (vous me suivez ?), a pu être daté par radiocarbone comme correspondant au Néolithique Moyen II. Il s’agit d’un niveau d’occupation présentant des structures d’habitat que l’on peut recouper avec d’autres structures mis au jour au Petit-Chasseur I et II durant les fouilles de 1962 ; 1967 ; 1968 ; 1969 ; 1971 et 1972. Ces structures sont antérieures à l’érection des dolmens sur les sites du Petit-Chasseur I et III.

De plus un autre article, rédigé par Marie Besse et Manuel Mottet, (cliquez sur Book Chaptor en bas de la page), nous apprend que des fouilles récentes (2002-2003) dans un nouveau secteur baptisé Petit-Chasseur V (ou Saint Guérin 02-03) ont permis la mise en évidence de ce qui pourrait bien être un village datant du Néolithique Moyen. Pour une étude détaillée de ces structures je recommande cet article (comme d’habitude Book Chaptor), rédigé  par Martine Piguet

Quel rapport entre l’habitat et la nécropole me direz-vous. Et bien c’est à la lecture de ces différents articles et aussi avec la comparaison des différents niveaux d’occupation, qu’une réflexion commence à prendre forme. On constate, en particulier sur ce tableau-ci, que la nécropole à dolmen et stèle anthropomorphe du Néolithique Final a été construite sur les lieux d’habitation du Néolithique Moyen. Même si des centaines d’années séparent ces deux niveaux on peut penser que cet endroit était connu notamment à la lumière de certains éléments comme la taille supposée du village Néolithique Moyen (4000 m²). Des questions viennent alors à l’esprit. Pourquoi les occupants de la culture Campaniforme ont-ils choisi d’installer leur nécropole là et d’éloigner leur village au lieu de réutiliser l’espace déjà occupé ? Cela a-t-il une valeur symbolique ? Est-ce parce qu’ils n’exploitaient pas les mêmes ressources que les Néolithiques Moyens ?

Autant de questions auxquelles les chercheurs n’ont pas encore répondu de manière claire et définitive, les liens entre les différentes unités stratigraphies étant complexes et les modes de pensée et de fonctionnement de ces Néolithiques étant assez difficilement abordable même au travers de paléoanthropologie et encore plus avec l’étude des vestiges.

S.

Tout ces articles sont extraits des monographies réalisées sur le site du Petit-Chasseur à Sion (Valay)

De l’archéologie à la radio : initiative de promotion du patrimoine et reportage scientifique

Le site de la Radio Télévision Suisse francophone et notamment la page consacrée à Espace 2, une des radios suisse, propose le podcast de l’émission Babylone sur cette page. Traitant de sujets aussi diverses que la sociologie, la politique, l’Histoire, les religions, l’émission Babylone se décline sous forme de reportage, d’interview ou de débat. En ce qui nous concerne on trouvera intéressant de pouvoir écouter (ou réécouter) le reportage consacré à la Nécropole du site du Petit Chasseur de Sion en Valais.

Réalisé par Jean-Marc Falcombello, le reportage, avec la participation d’Alain Gallay (et oui encore !), Marie Besse, Manuel Mottet, Philippe Curdy, Sébastien Favre (archéologue et responsable des fouilles) et Jocelyne Desideri, s’intéresse à la nécropole du site du Petit Chasseur et en particulier à la stèle M XII.

Ce reportage qui a pour but de faire découvrir ce site qui est, selon les paroles du journaliste, « malheureusement peu connu et pourtant très intéressant » est un reportage de vulgarisation qui reste assez scientifique et ne tombe pas dans les clichés du genre.

Les problématiques mis en avant sont variées et intéressantes, tant au niveau de l’archéologie de la préhistoire en général que pour le sujet qui nous concerne. Il s’agit à la fois de se questionner sur la transition entre l’âge de la Pierre et les âges des Métaux – notamment avec l’arrivée de la culture campaniforme – sur les rites funéraires des différentes cultures qui se sont succédé sur la nécropole (du Néolithique Final à l’Âge du Bronze) et sur la symbolique des gravures des stèles trouvées sur le site du Petit Chasseur, qu’on identifie à une culture qui est présente un peu partout dans les Alpes, et dont on retrouve des traces dans la Vallée des Merveilles, au Mont Bégo ou à Val Camonica (fouilles de l‘Institut de Paléontologie Humaine).

On retrouve de plus, dans ce reportage, des informations sur les techniques de fouilles mises en place par Alain Gallay et combinant fouille stratigraphique et fouille en aire ouverte une chronologie des fouilles, des anecdotes expliquant certaines photos du chantier assez folkloriques (notamment en ce qui concerne la constitution de l’équipe), autant d’informations donnant une image de ce que pouvait être une fouille archéologique dans les années 60-70.

Afin de revenir au sujet principal, un petit focus sur la partie traitant des rites funéraires et de la relation entre mort et vivant à cette époque. Vous trouverez dans ce reportage des informations sur la situation géographique de la nécropole par rapport au village au Néolithique Final et après, ainsi que des informations complémentaires sur l’habitat à cette époque. En effet on savait, jusqu’à peu, que l’habitat sur le site du Petit Chasseur, à proprement parler, était antérieur à la nécropole. Le reportage étant relativement récent (mai 2012) il apporte d’autres précisions sur l’emplacement de cet habitat au Néolithique Final.

Petit bémol, cette émission étant totalement audio il est parfois difficile de se représenter ce dont parlent les invités. Pour vous aider vous pouvez consulter ces visions d’artiste ou bien notre Flickr afin d’avoir des illustrations des stèles.

Pour conclure on peut dire que ce reportage, grâce à la réunion de six spécialistes ayant travaillé sur le site du Petit Chasseur et à ses problématiques pertinentes, permet de développer une meilleure vision de la nécropole du Petit Chasseur au Néolithique Final et est bien plus riche en contenu que certains articles scientifiques à ce sujet, car plus récent.

Pour écouter ce reportage, que je vous conseille donc très vivement, vous pouvez l’écouter directement ou le télécharger gratuitement sur cette page. A noter qu’il est possible de s’abonner aux podcast audio de cette émission et que, pour ceux qui voudraient aller plus loin, des liens vers les biographies, pages personnelles ou travaux des invités de ce reportage sont disponibles sur la page du Podcast. Alors, n’hésitez pas et faite confiance à votre effet Serendip.

S.