Reconstituer la vie… et la mort ; des méthodes particulières.

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Photographies de la nécropole du Petit-Chasseur à Sion dans le Valais et ses fouilleurs en action, 1972, disponible sur : http://www.archeo-gallay.ch/5_03Sion.html (consulté le 18/03/2013)

De cette photographie, nous pouvons tirer certaines informations. Outre le style rétro de l’équipe et l’ambiance apparemment très austère qui règne, les méthodes nous sont perceptibles.

Il faut noter la présence de ce pont suspendu, qui ne serait sûrement plus conforme aux normes actuelles de sécurité, disposé sur des rails qui lui permettent de se déplacer au dessus du chantier. Ce dispositif permet d’avoir une vision aérienne du chantier et donc de faciliter les relevés.

Nous devons également constater un élément essentiel. Sur le sol des bernes sont visibles. Cette observation paraît étrange lorsque l’on connaît les orientations méthodologiques d’Alain Gallay qui dirigeait la campagne de fouilles de 1972.

Il faut faire un petit bond en arrière. Alain Gallay dirigea les fouilles archéologiques de Sion entre 1961 et 1984 (voir à ce propos les liens ici et  ; il faut cliquer sur book chapter en bas de la page du second lien pour avoir accès à l’article) de façon non régulière et parfois associé à un de ses collègues. Au fur et à mesure des années, au fur et à mesure des campagnes de fouilles et des collaborations, il a été amené à considérer différemment les perspectives de la fouille archéologique de Sion.

Alain Gallay est un élève d’André Leroi-Gourhan. Ce dernier a un impact énorme sur Les travaux d’Alain Gallay. Je renvoie particulièrement à cet intéressant article traitant des apports de Leroi-Gourhan dans la conception d’Alain Gallay et des limites de ces apports.

Si dans un premier temps, Alain Gallay a été amené à appliquer à la lettre la méthode palethnologique de Leroi-Gourhan (ethnologie des temps passés à partir de la répartition au sol des vestiges archéologiques), à partir de cette année clef de 1972 (voir photographie ci-dessus), il va la remettre en cause.

La fouille à plat ou fouille ethnographique mise en place par Leroi Gourhan consiste à retrouver le sol d’origine dans sa globalité et de laisser les vestiges in situ dans le but d’analyser l’organisation spatiale. Sur le site de Sion, Alain Gallay se rend compte que cette méthode n’est pas adaptée. Il insistera beaucoup plus sur l’aspect stratigraphique, aspect qui est délaissé avec la méthode de Leroi-Gourhan appliqué à des structures de type nécropoles.

Ces bernes sur la photographie relèvent de cet intérêt croissant pour la stratigraphie. Cet intérêt ne se démentira pas et constituera un des aspects majeurs de la fouille archéologique à Sion jusqu’aujourd’hui (voir cet article) sans pour autant délaisser les analyses spatiales (voir celui-là). Les bernes sont un emprunt à une méthode mise en place par Lewis Bindford et son Ecole : la New Archeology.

Pour résumer la méthode mise en place à partir de 1972 par Alain Gallay est un mélange entre les méthodes mises en place par Lewis Bindford et celles mises en place par André Leroi-Gourhan. Elle tient compte à la fois de la disposition spatiale des vestiges et structures et de la stratigraphie du site. Tout ça dans la perspective de rendre compte au mieux des problèmes propres à l’analyse d’une nécropole. Notamment de cerner le lien qui unissaient autrefois les vivants et les morts. Ces aspects sont donc essentiels pour la compréhension de notre sujet.

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