Quand le désaccord archéologique devient source de questionnements

Parfois, souvent même, les archéologues ne sont pas d’accord sur les interprétations qu’il faut donner des vestiges trouvés en fouille. Car si « L’archéologie […] procure la sensation d’accéder de façon presque charnelle aux temps révolus » comme le dit A.Schnapp, encore faut-il être d’accord quant au modalités de cet « accès ».

Et quand les archéologues se disputent et bien ils font des conférences et ils se répondent par présentation interposée. C’est ainsi qu’Alain Gallay, en 2011, lors du Colloque international « Autour du Petit-Chasseur », répond à Richard Harison et Volker Heyd et aux différentes théories qu’ils avaient présentés au sujet du site du Petit-Chasseur dans leur ouvrage The transformation in the Third Millenium BC : the example of « Le petit-Chasseur I+III ».

Comme le tout premier Power Point présenté (ce post-ci), celui-ci est extrait du site d’Alain Gallay, mais cette présentation est, cette fois-ci, accompagnée d’un texte qui nous permet de comprendre les diapositives. (4. Chronologie de la nécropole du Petit-Chasseur (Sion, Valais) : réponse à Richard Harrison et Volker Heyd., deuxième lien en orange)

Diapositives après diapositives, Alain Gallay va donc détruite (le mot peut sembler fort, mais il s’agit bien d’une destruction, cordiale et scientifique, certes, mais néanmoins en règle) patiemment les hypothèses de ses confrères grâce aux traces, matériels archéologique trouvés sur le site du Petit-Chasseur et à la stratigraphie des fouilles (sur ce sujet voir cet article, cliquez sur Book Chaptor). Si cette présentation n’apporte rien qu’on ne savait déjà (reprise de la chronologie, du matériel de fouille, des stèles) elle est néanmoins intéressante à plusieurs points :

  • Alain Gallay y rappelle les hypothèses que lui, son équipe, ainsi, qu’avant lui, Olivier Bocksberger ont mis en place en s’appuyant sur les données de terrain.
  • L’article et le Power Point nous permettent de mettre en parallèle deux théories différentes sur l’interprétation des vestiges d’un même site.
  • Enfin, le texte laisse voir, derrière un enrobage de politesse et de remerciement, une certaine fierté, ainsi que, il faut le dire, une pointe d’égocentrisme. Mais, que voulez-vous, tout le monde n’est pas Alain Gallay …

Si, après ce lynchage en règle, vous voulez néanmoins voir par vous-même l’article de Harrison et Heyd et vous faire votre propre idée en comparant vous-même leurs hypothèses à celles d’Alain Gallay (ce que je vous conseille, ne serait-ce que pour faire travailler votre esprit critique), munissez-vous d’un dictionnaire franco-anglais car voici l’article (que vous pouvez même télécharger en PDF).

S.

Bibliographie:

SCHNAPP A., « Le terrain, l’antiquaire et l’archéologue », in Lieux de savoir 2. Les mains de l’intellect, JACOB C. (ed), Paris, Albin Michel.

Chronologie du monde des morts à Sion (Valay)

Tombe d'un jeune guerrier de l'âge du Bronze avec une hache placée sous la tête, deux poignards sous le corps et plusiseurs colliers autour du coup

Un article (cliquer sur Book Chaptor en bas de la page) de Marie Besse et Manuel Mottet extrait du livre, Le site du Petit-Chasseur : une exceptionnelle histoire de plusieurs millénaires et qui nous donne la chronologie de l’occupation du site ainsi que de magnifiques photos du site, du mobilier et des images de reconstitution de cabane. Si vous êtes un peu perdu dans les différentes phases d’occupation de ce site, en ce qui concerne la partie funéraire, voici de quoi vous restituer et par là même d’avoir une idée des trois grands modes d’inhumation qui se sont succédé au Petit-Chasseur (dolmen de type alpin, Campaniforme et stèles à arc, inhumations individuelles à l’Âge du Bronze puis du Fer)

L’intérêt non négligeable de cet article est de replacer le site de Sion dans son contexte géographique, un peu comme le fait cet article (n’oubliez pas : Book Chaptor en bas de page!) de manière moins détaillée, et de nous parler des échanges qu’ont pu entretenir les Néolithique avec d’autres sociétés comme le Cortaillod du plateau Suisse, la culture Lagozza d’Italie, le Chasséen du Sud de la France ou, plus tard, le site du Grand-Pressigny en Touraine (mobilier du dolmen M. VI). Ces échangent se retrouvent dans les matériaux de l’industrie lithique (à ce propos cet article-ci, cliquez sur Book Chaptor en bas de la page, vous commencez à avoir l’habitude.)

On constate alors que le site du Petit-Chasseur, bien que remarquable, surtout pour ce qui est de l’occupation à partir de 4 000 av. J.-C., n’était pas isolé et que les modes d’inhumation développés vers 3 000 av. J.-C., bien qu’original, s’inscrivait dans la « tradition » des allées sépulcrales (on a déjà évoqué ce parallèle dans ce post), tout comme les motifs pré-campaniforme sur les stèles (poignards, spirales) s’inscrivent dans une tradition qui est présente dans toutes les Alpes (sur ce sujet ce post là).

Un second article tiré de ce livre aurait du compléter ce post, malheureusement il est en accès restreint sur les archives ouvertes de l’UNIGE (ce qui du coup amène à revoir la notion « d’ouverte ») et aucun de nous ne fait ses études dans une université suisse. Cependant si c’est votre cas n’hésitez pas à consulter cet article, daté de 2009 et rédigé par Pierre-Olivier Corboud, qui peut s’avérer intéressant quand à l’interprétation des décors des stèles anthropomorphes de Sion (Valay).

S.

Sépultures et rites funéraires Néolithiques

Logo de Préhistoire Univ Bourgogne

Le site de Préhistoire de l’Université de Bourgogne créé par Olivier Lemercier en 2007 a pour but apparent de venir en aide aux étudiants en Préhistoire de cette même université. On trouve sur ce site, je cite, « des informations pratiques (organisation des études, planning de cours…), des compléments de cours, des bibliographies, des informations scientifiques (annonces de colloques, conférences, fouilles, actualités…), et des pages de méthodes (le mémoire de Master, L’exposé oral…) ».

Squelette exhumé

Squelette exhumé à Çatal Höyük. By Open Knowledge

Ce qui va nous intéresser ici, c’est la page sur les rites funéraires au Néolithique. En effet, Dr Lemercier détaille de façon pédagogique ce que sont les sépultures et rites funéraires Néolithiques en commencent par définir les termes couramment utilisés. De cette façon, le cours qui était destiné aux étudiants en archéologie devient compréhensible pour un plus large publique (dont les historiens de l’Art)… Il explique dans un premier temps les différentes formes de sépultures que l’on peut trouver en fouille de contexte Néolithique, la position du cadavre etc. Il fait aussi une analyse du point de vue anthropologique en s’interrogeant sur le pourquoi d’une certaine typologie de la tombe, et les interprétations possibles. Et pour conclure, il aborde la question des rites, qui ne sont connus que par les interprétations du mobilier funéraire, donc qui sont inconnus… Mais il termine en beauté avec une petite phrase épique que je me sens obligé de vous citer « Imaginez […] les ré-interventions dans les sépultures collectives où de nouveaux corps sont apportés au milieu des dépouilles, des jus de décomposition et des odeurs… C’était sans doute cela aussi la vie au Néolithique. »

Ayant une deuxième partie/page je vous retrouve demain pour de nouvelles aventures 🙂

A.rdb

Analyse de la nécropole du Petit-Chasseur 1961-2009 : un demi siècle de réflexion.

Ce PDF est téléchargeable sur le site d’Alain Gallay, élève d’ André Leroi-Gouhran, ethnologue et archéologue, ancien Directeur du Département d’Anthropologie et d’ethnologie de l’Université de Genève et, entre autre, Président du comité scientifique de la revue online Arkeotek (Université de Paris X-Nanterre).

Attention ce site, dédié à sa femme, est tentaculaire, ne vous perdez pas vous y resterez des semaines, et ce sans être assurer de tout comprendre. En effet les notions d’anthropologie et d’épistémologie abordées par A. Gallay (notamment dans l’onglet Thèmes de recherches) ne sont pour les novices. En plus de ces thèmes de recherches, ce site présente tous les travaux, publications, enseignements d’Alain Gallay et de sont équipe que ce soit en Europe, en Asie, en Afrique ou sur le continent Américain.

Revenons au sujet principal. Sans le texte, ce PDF, qui n’est qu’un support visuel lors du séminaire du professeur Honeggel à l’Université de Neuchâtel, peut s’avérer difficile à comprendre.

Cependant il a l’avantage de présenter les documents de fouille et de présenter différentes pistes de réflexions tant sur les méthodes de fouilles, compatibilité entre fouilles stratigraphiques et décapages (notamment en ce qui concerne la méthode de Wheeler) ; que sur les interprétations socio-historique en ce qui concerne l’érection, la destruction, la violation des dolmens. Notons que pour une fois la vulgarisation n’est pas laissée de côté et est même intégrer au schéma.

A consulter sous le titre « Quelques conférences récentes » à la date 2009. A noter qu’il est aussi disponible au format PTTT.

S.