Sépultures et rites funéraires néolithiques II

Cette seconde partie du cours d’Olivier Lemercier traite plus particulièrement des rites funéraires au Néolithique. M. Lemercier nous expose clairement sa problématique qui est de « comprendre quels sont les gestes qui accompagnent le dépôt des morts dans leurs tombes ; s’il existe des cérémonies liées aux funérailles ; ou parfois postérieures aux funérailles… » Il nous explique que c’est une base pour l’étude des sociétés disparues (l’anthropologie sociale ou ethnoarchéologie). En effet, l’étude et l’interprétation de tout ce que l’on peut retrouver au sein d’une sépulture reste très vaste ; par exemple, si l’on retrouve de la céramique, on peut en déduire qu’elle a été placée là volontairement et qu’il y avait peut-être quelque chose dedans, de la nourriture sans doute. De là, on peut se demander pourquoi donc mettre de la nourriture aux côtés d’un cadavre, cela lui servira-t-il ? Oui ! la preuve, la nourriture a disparu (blague !) c’est pour ce genre de dires qu’une phase célèbre des archéologues dit : « L’absence de preuves ne vaut pas preuve de l’absence ». Bref les gens qui ont placé cette nourriture ne l’ont pas fait pour rien (sinon, ils ne l’auraient pas fait) cela implique donc qu’ils croyaient éventuellement à une forme de vie après la mort.

http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-364/Patrimoine_arch%C3%A9ologique_des_cimeti%C3%A8res_anciens_du_Qu%C3%A9bec.html#.UVt4Llf_rnM

Une sépulture du cimetière de Rimouski. Cliché de Vanessa Oliver-Lloyd

Vous voyez ci-dessus que l’on peut aller très loin dans l’interprétation de ce que l’on peut trouver dans une sépulture (position du défunt, mobilier, vide, architecture de la tombe, disposition des tombes entre-elles, sépulture multiple ou collective…). Mais l’interprétation que l’on va retenir pour les publications, est celle qui va s’appuyer sur un maximum d’éléments physiques du contexte funéraire.

En ce qui concerne notre site, O. Lemercier en parle sans s’aventurer dans une quelconque interprétation… « A Sion en Suisse, comme à Aoste en Italie, juste de l’autre côté de la montagne, deux nécropoles très similaires qui associent sépultures mégalithiques et alignements de stèles décorées dans un vaste espace sans doute lié à certaines cérémonies. » C’est que pour interpréter un fait comme celui-ci, il faut avoir beaucoup d’imagination…

O. Lemercier a un concept intéressant quant à l’interprétation des sépultures collectives, il dit que « Chaque mort de la communauté étant intégré à la communauté des morts du groupe. » J’aime ce concept.

A. RdB

Sépultures et rites funéraires Néolithiques

Logo de Préhistoire Univ Bourgogne

Le site de Préhistoire de l’Université de Bourgogne créé par Olivier Lemercier en 2007 a pour but apparent de venir en aide aux étudiants en Préhistoire de cette même université. On trouve sur ce site, je cite, « des informations pratiques (organisation des études, planning de cours…), des compléments de cours, des bibliographies, des informations scientifiques (annonces de colloques, conférences, fouilles, actualités…), et des pages de méthodes (le mémoire de Master, L’exposé oral…) ».

Squelette exhumé

Squelette exhumé à Çatal Höyük. By Open Knowledge

Ce qui va nous intéresser ici, c’est la page sur les rites funéraires au Néolithique. En effet, Dr Lemercier détaille de façon pédagogique ce que sont les sépultures et rites funéraires Néolithiques en commencent par définir les termes couramment utilisés. De cette façon, le cours qui était destiné aux étudiants en archéologie devient compréhensible pour un plus large publique (dont les historiens de l’Art)… Il explique dans un premier temps les différentes formes de sépultures que l’on peut trouver en fouille de contexte Néolithique, la position du cadavre etc. Il fait aussi une analyse du point de vue anthropologique en s’interrogeant sur le pourquoi d’une certaine typologie de la tombe, et les interprétations possibles. Et pour conclure, il aborde la question des rites, qui ne sont connus que par les interprétations du mobilier funéraire, donc qui sont inconnus… Mais il termine en beauté avec une petite phrase épique que je me sens obligé de vous citer « Imaginez […] les ré-interventions dans les sépultures collectives où de nouveaux corps sont apportés au milieu des dépouilles, des jus de décomposition et des odeurs… C’était sans doute cela aussi la vie au Néolithique. »

Ayant une deuxième partie/page je vous retrouve demain pour de nouvelles aventures 🙂

A.rdb

Reconstituer la vie… et la mort ; des méthodes particulières.

Image

Photographies de la nécropole du Petit-Chasseur à Sion dans le Valais et ses fouilleurs en action, 1972, disponible sur : http://www.archeo-gallay.ch/5_03Sion.html (consulté le 18/03/2013)

De cette photographie, nous pouvons tirer certaines informations. Outre le style rétro de l’équipe et l’ambiance apparemment très austère qui règne, les méthodes nous sont perceptibles.

Il faut noter la présence de ce pont suspendu, qui ne serait sûrement plus conforme aux normes actuelles de sécurité, disposé sur des rails qui lui permettent de se déplacer au dessus du chantier. Ce dispositif permet d’avoir une vision aérienne du chantier et donc de faciliter les relevés.

Nous devons également constater un élément essentiel. Sur le sol des bernes sont visibles. Cette observation paraît étrange lorsque l’on connaît les orientations méthodologiques d’Alain Gallay qui dirigeait la campagne de fouilles de 1972.

Il faut faire un petit bond en arrière. Alain Gallay dirigea les fouilles archéologiques de Sion entre 1961 et 1984 (voir à ce propos les liens ici et  ; il faut cliquer sur book chapter en bas de la page du second lien pour avoir accès à l’article) de façon non régulière et parfois associé à un de ses collègues. Au fur et à mesure des années, au fur et à mesure des campagnes de fouilles et des collaborations, il a été amené à considérer différemment les perspectives de la fouille archéologique de Sion.

Alain Gallay est un élève d’André Leroi-Gourhan. Ce dernier a un impact énorme sur Les travaux d’Alain Gallay. Je renvoie particulièrement à cet intéressant article traitant des apports de Leroi-Gourhan dans la conception d’Alain Gallay et des limites de ces apports.

Si dans un premier temps, Alain Gallay a été amené à appliquer à la lettre la méthode palethnologique de Leroi-Gourhan (ethnologie des temps passés à partir de la répartition au sol des vestiges archéologiques), à partir de cette année clef de 1972 (voir photographie ci-dessus), il va la remettre en cause.

La fouille à plat ou fouille ethnographique mise en place par Leroi Gourhan consiste à retrouver le sol d’origine dans sa globalité et de laisser les vestiges in situ dans le but d’analyser l’organisation spatiale. Sur le site de Sion, Alain Gallay se rend compte que cette méthode n’est pas adaptée. Il insistera beaucoup plus sur l’aspect stratigraphique, aspect qui est délaissé avec la méthode de Leroi-Gourhan appliqué à des structures de type nécropoles.

Ces bernes sur la photographie relèvent de cet intérêt croissant pour la stratigraphie. Cet intérêt ne se démentira pas et constituera un des aspects majeurs de la fouille archéologique à Sion jusqu’aujourd’hui (voir cet article) sans pour autant délaisser les analyses spatiales (voir celui-là). Les bernes sont un emprunt à une méthode mise en place par Lewis Bindford et son Ecole : la New Archeology.

Pour résumer la méthode mise en place à partir de 1972 par Alain Gallay est un mélange entre les méthodes mises en place par Lewis Bindford et celles mises en place par André Leroi-Gourhan. Elle tient compte à la fois de la disposition spatiale des vestiges et structures et de la stratigraphie du site. Tout ça dans la perspective de rendre compte au mieux des problèmes propres à l’analyse d’une nécropole. Notamment de cerner le lien qui unissaient autrefois les vivants et les morts. Ces aspects sont donc essentiels pour la compréhension de notre sujet.