Pierres de mémoire, pierres de pouvoir

La mort a toujours préoccupé les vivants. Ces derniers ont rivaliser de créativité pour manifester cet intérêt. Depuis la préhistoire jusqu’à aujourd’hui, une culture particulière répond ce questionnement : qu’y a-t-il après la mort. Dans les sociétés modernes, le phénomène croissant de rationalisation et la volonté d’objectivation engendre une occultation de ce problème. Nous avons cette conception épicurienne de la mort : « la mort n’est rien pour nous » (Epicure, lettre à Ménécée, § 124, disponible ici). Pour cette question de la conception contemporaine de la mort, nous renvoyons à cet article d’Edgar Morin.

Le Néolithique correspond à une période charnière. On y voit le développement de l’agriculture et de l’élevage, une augmentation des inégalités sociales et par conséquent une hiérarchisation de la société. Les pratiques funéraires vont se diversifier et se multiplier, souvent en lien avec l’apparition d’élites.

Sion est un témoin particulier de ces pratiques funéraires au Néolithique avec notamment la célèbre nécropole du Petit-Chasseur. (L’article de Céline Von Tobel disponible sur le site de l’UNIGE décrit très bien les 7 nécropoles du Petit-Chasseur). La connaissance de ce site exceptinnel permet de mieux comprendre le phénomène de néolithisation.

Les stèles de la nécropole du Petit-Chasseur sont des témoins de la complexité de la conception néolithique de la mort.

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Stèles de Sion exposées dans la Grange-à-l’Evêque en 2007, disponible sur http://www.ceramostratigraphie.ch/blog/?p=98

Dans cette nécropole, 29 stèles anthropomorphes ont été retrouvées. Vous pouvez en admirer certaines dans l’album « stèles » de notre Flickr. Ces 29 stèles sont aujourd’hui présentées dans le musée d’histoire du canton du Valais à Sion. Il y a quelques années, l’avenir de la conservation de ces stèles inquiétait certaines personnes. Cet article écrit par un archéologue témoigne de cette inquiétude. Le même archéologue témoigne de son soulagement lorsque ces stèles furent changées de place. Elles sont aujourd’hui en lieu sûr et présentées dans leur intégralité.

Du 26 Juin 2009 au 3 Janvier 2010, une exposition présentait ces stèles. Cette exposition intitulée « pierres de mémoire, pierre de pouvoir » insiste sur le caractère archéologique et ethnologique, voire anthropologique des pierres gravées à travers le monde. Les dossiers de presse est consultables ici et là.

De l’archéologie à la radio : initiative de promotion du patrimoine et reportage scientifique

Le site de la Radio Télévision Suisse francophone et notamment la page consacrée à Espace 2, une des radios suisse, propose le podcast de l’émission Babylone sur cette page. Traitant de sujets aussi diverses que la sociologie, la politique, l’Histoire, les religions, l’émission Babylone se décline sous forme de reportage, d’interview ou de débat. En ce qui nous concerne on trouvera intéressant de pouvoir écouter (ou réécouter) le reportage consacré à la Nécropole du site du Petit Chasseur de Sion en Valais.

Réalisé par Jean-Marc Falcombello, le reportage, avec la participation d’Alain Gallay (et oui encore !), Marie Besse, Manuel Mottet, Philippe Curdy, Sébastien Favre (archéologue et responsable des fouilles) et Jocelyne Desideri, s’intéresse à la nécropole du site du Petit Chasseur et en particulier à la stèle M XII.

Ce reportage qui a pour but de faire découvrir ce site qui est, selon les paroles du journaliste, « malheureusement peu connu et pourtant très intéressant » est un reportage de vulgarisation qui reste assez scientifique et ne tombe pas dans les clichés du genre.

Les problématiques mis en avant sont variées et intéressantes, tant au niveau de l’archéologie de la préhistoire en général que pour le sujet qui nous concerne. Il s’agit à la fois de se questionner sur la transition entre l’âge de la Pierre et les âges des Métaux – notamment avec l’arrivée de la culture campaniforme – sur les rites funéraires des différentes cultures qui se sont succédé sur la nécropole (du Néolithique Final à l’Âge du Bronze) et sur la symbolique des gravures des stèles trouvées sur le site du Petit Chasseur, qu’on identifie à une culture qui est présente un peu partout dans les Alpes, et dont on retrouve des traces dans la Vallée des Merveilles, au Mont Bégo ou à Val Camonica (fouilles de l‘Institut de Paléontologie Humaine).

On retrouve de plus, dans ce reportage, des informations sur les techniques de fouilles mises en place par Alain Gallay et combinant fouille stratigraphique et fouille en aire ouverte une chronologie des fouilles, des anecdotes expliquant certaines photos du chantier assez folkloriques (notamment en ce qui concerne la constitution de l’équipe), autant d’informations donnant une image de ce que pouvait être une fouille archéologique dans les années 60-70.

Afin de revenir au sujet principal, un petit focus sur la partie traitant des rites funéraires et de la relation entre mort et vivant à cette époque. Vous trouverez dans ce reportage des informations sur la situation géographique de la nécropole par rapport au village au Néolithique Final et après, ainsi que des informations complémentaires sur l’habitat à cette époque. En effet on savait, jusqu’à peu, que l’habitat sur le site du Petit Chasseur, à proprement parler, était antérieur à la nécropole. Le reportage étant relativement récent (mai 2012) il apporte d’autres précisions sur l’emplacement de cet habitat au Néolithique Final.

Petit bémol, cette émission étant totalement audio il est parfois difficile de se représenter ce dont parlent les invités. Pour vous aider vous pouvez consulter ces visions d’artiste ou bien notre Flickr afin d’avoir des illustrations des stèles.

Pour conclure on peut dire que ce reportage, grâce à la réunion de six spécialistes ayant travaillé sur le site du Petit Chasseur et à ses problématiques pertinentes, permet de développer une meilleure vision de la nécropole du Petit Chasseur au Néolithique Final et est bien plus riche en contenu que certains articles scientifiques à ce sujet, car plus récent.

Pour écouter ce reportage, que je vous conseille donc très vivement, vous pouvez l’écouter directement ou le télécharger gratuitement sur cette page. A noter qu’il est possible de s’abonner aux podcast audio de cette émission et que, pour ceux qui voudraient aller plus loin, des liens vers les biographies, pages personnelles ou travaux des invités de ce reportage sont disponibles sur la page du Podcast. Alors, n’hésitez pas et faite confiance à votre effet Serendip.

S.

Sépultures et rites funéraires Néolithiques

Logo de Préhistoire Univ Bourgogne

Le site de Préhistoire de l’Université de Bourgogne créé par Olivier Lemercier en 2007 a pour but apparent de venir en aide aux étudiants en Préhistoire de cette même université. On trouve sur ce site, je cite, « des informations pratiques (organisation des études, planning de cours…), des compléments de cours, des bibliographies, des informations scientifiques (annonces de colloques, conférences, fouilles, actualités…), et des pages de méthodes (le mémoire de Master, L’exposé oral…) ».

Squelette exhumé

Squelette exhumé à Çatal Höyük. By Open Knowledge

Ce qui va nous intéresser ici, c’est la page sur les rites funéraires au Néolithique. En effet, Dr Lemercier détaille de façon pédagogique ce que sont les sépultures et rites funéraires Néolithiques en commencent par définir les termes couramment utilisés. De cette façon, le cours qui était destiné aux étudiants en archéologie devient compréhensible pour un plus large publique (dont les historiens de l’Art)… Il explique dans un premier temps les différentes formes de sépultures que l’on peut trouver en fouille de contexte Néolithique, la position du cadavre etc. Il fait aussi une analyse du point de vue anthropologique en s’interrogeant sur le pourquoi d’une certaine typologie de la tombe, et les interprétations possibles. Et pour conclure, il aborde la question des rites, qui ne sont connus que par les interprétations du mobilier funéraire, donc qui sont inconnus… Mais il termine en beauté avec une petite phrase épique que je me sens obligé de vous citer « Imaginez […] les ré-interventions dans les sépultures collectives où de nouveaux corps sont apportés au milieu des dépouilles, des jus de décomposition et des odeurs… C’était sans doute cela aussi la vie au Néolithique. »

Ayant une deuxième partie/page je vous retrouve demain pour de nouvelles aventures 🙂

A.rdb

Relation entre la vie et la mort : interprétations sociales et rituels sur le site de Sion

 

Les archives ouvertes de l’Université de Genève sont particulièrement bien fournit en ce qui concerne les publications archéologiques sur les fouilles du site de Sion. Ce qui parait logique quand on sait que celles-ci ont été organisées en parti par des chercheurs de cette université.

Fondé par l’Université de Genève (UNIGE) pour répondre à une directive du Fond national suisse pour la recherche scientifique (dont vous pouvez télécharger le PDF ici), ce site a pour but, je cite, « de récolter, conserver et rendre accessibles le plus largement possible les publications des enseignants et des chercheurs de l’institution, en suivant les principes de l’Open Access». Il s’inscrit donc dans le projet des Digital humanities, en tout cas en ce qui concerne les points définis par les articles 6, 7 et 10 du Manifeste des Digital humanities. Les archives ouvertes de l’UNIGE permettent, en effet, la diffusion, l’échange, le partage des données l’enrichissement du savoir et cela au-delà des frontières même de la Suisse ou de la langue. Le post que vous lisez en ce moment en est la preuve.

Revenons à l’article qui nous intéresse. Tiré d’Ancient Europe 8000 B.C.- A.D. 1000. Encyclopédia of the barbarian world il a été rédigé par Marie Besse, archéologue, professeure et responsable du Laboratoire d’archéologie préhistorique et anthropologie à l’Université de Genève.

Rappelant la chronologie du site funéraire l’article nous parle des condamnations violentes de ce site par le feu lors du tout début de l’âge du Bronze (Bronze Ancien). Cette pratique n’est pas sans rappeler celle observée sur l’allée sépulcrale, ou allée couverte, de Saint-Claude à Bury (Oise) datant du Néolithique Récent-Final (fouilles de Laure Salanova, pour le SDAVO).

Est aussi abordée la symbolique des représentations présentent sur les stèles à Sion et érigées à la fin du Néolithique, entre 2 450 (voire 2 700) et 2 150 av. J.-C. Cette symbolique concerne tout autant les rites funéraires à proprement parler que les relations qui apparaissent à cette époque dans les sociétés qui passent d’un système égalitaire (type chasseur-cueilleur nomade à pied) à hiérarchisé. On commence à comprendre avec cet article quelles auraient pu être les articulations entre vivants et morts au sein du site de Sion lors du Néolithique Final. Et ce, que ce soit au niveau individuel (rites pour une inhumation particulière) ou collectif (relation/interactions qui ont existé entre le ou les morts et les autres membres de la société)

Vous trouverez ce PDF en lecture libre en cliquant sur « Book Chapter ».

ATTENTION : cet article est en ANGLAIS. Si vous ne maîtrisez pas bien la langue de Shakespeare  mieux vaux vous munir d’un dictionnaire.

S.

Reconstituer la vie… et la mort ; des méthodes particulières.

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Photographies de la nécropole du Petit-Chasseur à Sion dans le Valais et ses fouilleurs en action, 1972, disponible sur : http://www.archeo-gallay.ch/5_03Sion.html (consulté le 18/03/2013)

De cette photographie, nous pouvons tirer certaines informations. Outre le style rétro de l’équipe et l’ambiance apparemment très austère qui règne, les méthodes nous sont perceptibles.

Il faut noter la présence de ce pont suspendu, qui ne serait sûrement plus conforme aux normes actuelles de sécurité, disposé sur des rails qui lui permettent de se déplacer au dessus du chantier. Ce dispositif permet d’avoir une vision aérienne du chantier et donc de faciliter les relevés.

Nous devons également constater un élément essentiel. Sur le sol des bernes sont visibles. Cette observation paraît étrange lorsque l’on connaît les orientations méthodologiques d’Alain Gallay qui dirigeait la campagne de fouilles de 1972.

Il faut faire un petit bond en arrière. Alain Gallay dirigea les fouilles archéologiques de Sion entre 1961 et 1984 (voir à ce propos les liens ici et  ; il faut cliquer sur book chapter en bas de la page du second lien pour avoir accès à l’article) de façon non régulière et parfois associé à un de ses collègues. Au fur et à mesure des années, au fur et à mesure des campagnes de fouilles et des collaborations, il a été amené à considérer différemment les perspectives de la fouille archéologique de Sion.

Alain Gallay est un élève d’André Leroi-Gourhan. Ce dernier a un impact énorme sur Les travaux d’Alain Gallay. Je renvoie particulièrement à cet intéressant article traitant des apports de Leroi-Gourhan dans la conception d’Alain Gallay et des limites de ces apports.

Si dans un premier temps, Alain Gallay a été amené à appliquer à la lettre la méthode palethnologique de Leroi-Gourhan (ethnologie des temps passés à partir de la répartition au sol des vestiges archéologiques), à partir de cette année clef de 1972 (voir photographie ci-dessus), il va la remettre en cause.

La fouille à plat ou fouille ethnographique mise en place par Leroi Gourhan consiste à retrouver le sol d’origine dans sa globalité et de laisser les vestiges in situ dans le but d’analyser l’organisation spatiale. Sur le site de Sion, Alain Gallay se rend compte que cette méthode n’est pas adaptée. Il insistera beaucoup plus sur l’aspect stratigraphique, aspect qui est délaissé avec la méthode de Leroi-Gourhan appliqué à des structures de type nécropoles.

Ces bernes sur la photographie relèvent de cet intérêt croissant pour la stratigraphie. Cet intérêt ne se démentira pas et constituera un des aspects majeurs de la fouille archéologique à Sion jusqu’aujourd’hui (voir cet article) sans pour autant délaisser les analyses spatiales (voir celui-là). Les bernes sont un emprunt à une méthode mise en place par Lewis Bindford et son Ecole : la New Archeology.

Pour résumer la méthode mise en place à partir de 1972 par Alain Gallay est un mélange entre les méthodes mises en place par Lewis Bindford et celles mises en place par André Leroi-Gourhan. Elle tient compte à la fois de la disposition spatiale des vestiges et structures et de la stratigraphie du site. Tout ça dans la perspective de rendre compte au mieux des problèmes propres à l’analyse d’une nécropole. Notamment de cerner le lien qui unissaient autrefois les vivants et les morts. Ces aspects sont donc essentiels pour la compréhension de notre sujet.

Un site néolithique dans la vallée de la Seine : Youtube et l’INRAP

Parlons un peu vidéo et habitat. La chaîne officielle de l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP), sur You tube, propose diverses vidéos sur les sites fouillés par l’INRAP partout en France et à l’étranger comme par exemple sur le site de Lalibela en Ethiopie où des fouilles ont été conduites conjointement avec le Centre Français d’Etudes Éthiopiennes (CFEE).

La vidéo qui nous intéresse particulièrement traite des fouilles menées à Pont sur Seine, secteur bénéficiant « d’un suivi archéologique attentif depuis l’ouverture d’une carrière au milieu des années 1990 ». Dans cette carrière de gravier, comme nous l’apprend le descriptif de la vidéo, les archéologues ont trouvé en 2009 et 2010 des bâtiments d’habitat datant de trois époques : Néolithique Moyen (4 770 à 4 400 av. J.-C.), Néolithique Récent (3 300 à 2900 av. J.-C.) et Néolithique Final (2 900 à 2 500 av. J.-C.).

Ces bâtiments exceptionnels, leur disposition et leur association, pour une de ces époques au moins, avec une structure funéraire, pourrait nous fournir de plus amples informations, entre autre, sur la relation entre monde des morts et monde des vivants à travers l’organisation spatiale du site et l’agencement des bâtiments d’habitation par rapport aux structures funéraires.

Seulement cette courte vidéo ne fait que nous laisser entrapercevoir des possibilités d’analyse des vestiges sans aller plus loin. Et cela tient principalement à une raison : les vidéos postées sur cette chaîne ont pour but de promouvoir les fouilles de l’INRAP et, dans une optique plus large, l’archéologie en elle-même en la faisant découvrir au public. Le format court, moins de 10 minutes et le discours, volontairement peu technique, en font des vidéos de promotion qui vont motiver le spectateur intéressé à se renseigner par ses propres moyens, notamment, pourquoi pas, en consultant le site de l’INRAP.

S.

Analyse de la nécropole du Petit-Chasseur 1961-2009 : un demi siècle de réflexion.

Ce PDF est téléchargeable sur le site d’Alain Gallay, élève d’ André Leroi-Gouhran, ethnologue et archéologue, ancien Directeur du Département d’Anthropologie et d’ethnologie de l’Université de Genève et, entre autre, Président du comité scientifique de la revue online Arkeotek (Université de Paris X-Nanterre).

Attention ce site, dédié à sa femme, est tentaculaire, ne vous perdez pas vous y resterez des semaines, et ce sans être assurer de tout comprendre. En effet les notions d’anthropologie et d’épistémologie abordées par A. Gallay (notamment dans l’onglet Thèmes de recherches) ne sont pour les novices. En plus de ces thèmes de recherches, ce site présente tous les travaux, publications, enseignements d’Alain Gallay et de sont équipe que ce soit en Europe, en Asie, en Afrique ou sur le continent Américain.

Revenons au sujet principal. Sans le texte, ce PDF, qui n’est qu’un support visuel lors du séminaire du professeur Honeggel à l’Université de Neuchâtel, peut s’avérer difficile à comprendre.

Cependant il a l’avantage de présenter les documents de fouille et de présenter différentes pistes de réflexions tant sur les méthodes de fouilles, compatibilité entre fouilles stratigraphiques et décapages (notamment en ce qui concerne la méthode de Wheeler) ; que sur les interprétations socio-historique en ce qui concerne l’érection, la destruction, la violation des dolmens. Notons que pour une fois la vulgarisation n’est pas laissée de côté et est même intégrer au schéma.

A consulter sous le titre « Quelques conférences récentes » à la date 2009. A noter qu’il est aussi disponible au format PTTT.

S.